Digital Native « Generation », Mythe ou réalité

//Digital Native « Generation », Mythe ou réalité

Digital Native « Generation », Mythe ou réalité

A mes filles, Myriam, Sarah et Mira…

Un enfant du numérique ou natif digital est définit comme une personne ayant grandi dans un environnement numérique, ce concept est apparu pour la première fois en 2001 dans un article de Marc Prensky « Digital natives, Digital immigrants », il se propage pendant l’explosion de l’usage du web.

Né entre la fin des années 1980 et le début des années 1990,

Le ‘’digital native’’ est imprégné de la culture du numérique : internet, web, ordinateurs, réseaux sociaux, jeux vidéo.

Prensky postule en effet que ceux qui ont grandi avec « l’hypertexte, la musique téléchargée, le téléphone dans la poche, les bibliothèques sur leurs ordis » ont vu leurs cerveaux se structurer différemment par rapport à celui de leurs aînés.

On oppose souvent ce terme de digital natives à celui de digital immigrants qui fait référence aux personnes des générations précédentes qui ont vu la naissance du numérique comme un bouleversement de leurs pratiques du fait qu’ils sont des individus habitués au format papier et qui doivent se familiariser au numérique, notamment en utilisant des outils informatiques.

Ce terme de digital native a été utilisé dans plusieurs contextes différents, tels que l’éducation, l’enseignement supérieur et en association avec le terme « apprenants du nouveau millénaire » ou en anglais « New Millennium Learners ».

Cette facilité d’usage du numérique n’apparaît pas dès la naissance, mais c’est plutôt un produit de capital culturel. Selon le sociologue Pierre Bourdieu, le capital culturel est défini comme « la

possession de certaines compétences culturelles et de savoirs culturels qui prévoient des modes de consommation culturelle distingués ».

La connaissance de la technologie et la facilité de son utilisation sont une forme de capital social qui permet à ceux qui la possèdent de progresser dans la société. En effet, les chercheurs ont fait des commentaires sur la variabilité de l’alphabétisation technologique dans différents groupes sociaux. Selon « Communities, Cultural Capital and the Digital Divide », Viviana Rojas appelle ce phénomène la « disposition technologique », en anglais « techno disposition ».

Cette familiarité avec la technologie est l’un des nombreux privilèges accordés par le capital culturel aux natifs numériques. Rojas définit la « techno disposition » comme les pratiques, les perceptions et les attitudes, l’enseignement technique, la sensibilisation de la technologie, les désirs de l’information, les exigences de l’emploi, les relations sociales avec les membres de la communauté et des organismes communautaires, et la situation géographique. La « techno disposition » ne définit pas simplement l’accès à la technologie, soutient-elle. Si 10 % des jeunes sont exclus de la culture de masse, la plupart des digital natives ont un rapport différent à la culture :

  • Ils sont multi-tâches : ils peuvent écouter de la musique tout en téléphonant et en échangeant sur messagerie instantanée. Néanmoins, même s’ils sont polyvalents, leurs usages d’internet varient selon leur milieu social.

En effet, selon Pierre Mercklé et Sylvie Octobre, les enfants des milieux populaires ont des pratiques du numérique moins diversifiées que ceux des milieux aisés qui adoptent une pratique plus éclectique. Selon eux, la capacité à utiliser de manière variée les outils numériques devient une nouvelle forme de distinction qui contribue à créer une nouvelle fracture numérique (conflit de génération qui élargira le fossé entre jeunes et vieux).

  • Les jeunes ont également un rapport au temps différent : tout va très vite avec les nouvelles technologies et la consommation à la demande.
  • Avec le streaming, les téléchargements, ils ne sont plus dépendants comme leurs aînés des grilles de programmation de contenus culturels. C’est évidemment aussi le cas pour toutes les générations qui vivent dans le monde d’aujourd’hui mais les digital natives ne connaissent que cela.
  • Enfin, leur rapport à la lecture est différent. En effet, ils sont habitués à la lecture sur écran et pratiquent de plus en plus une lecture bondissante qui va de page en page, le plus souvent sans être approfondie.
  • Nicholas Carr dans Internet rend-il bête ?se demande si cette nouvelle pratique de lecture « sautillante » ne sera pas dans l’avenir un handicap majeur pour pouvoir lire de façon approfondie et réfléchie (par exemple pour lire une œuvre littéraire).

La notion d’enfant du numérique a été introduite par le ‘’TIMES’’ en 1982 où la première de couverture de ce magazine parle de « Computer Generation » (Génération des ordinateurs) ; en 1999, il parle des « Growing up online » (ceux qui grandissent en ligne). Aujourd’hui, le débat est relancé avec l’utilisation des tablettes qui est de plus en plus fréquente chez les enfants.

Une étude de ‘’Common Sense Media’’ montre d’ailleurs que 38 % des enfants aux États-Unis ont déjà utilisé une tablette ou un téléphone Mobile.

De son côté Marc Prensky* déclare avoir inventé le terme enfant du numérique, désignant par là un nouveau type d’élèves entrant dans les établissements d’enseignement. Le terme est une analogie avec la notion d’autochtone, pour qui la religion, la langue et les coutumes locales sont naturelles et vont de soi, à la différence des immigrés qui doivent s’adapter et assimiler leur nouvel environnement.

Prensky parle d’accents numériques chez les immigrants, comme imprimer les documents au lieu de les consulter à l’écran ou l’impression des courriels sur support papier. Les immigrants du numérique ont un « fort accent » lorsqu’ils agissent dans le monde numérique à la manière prénumérique ; par exemple, lorsqu’ils téléphonent à quelqu’un pour confirmer qu’un courriel a bien été reçu.

Il faut dire que Prensky a frappé les esprits avec son concept de digital natives, selon lui, l’an 2000 n’a pas seulement marqué le passage d’un siècle à l’autre. Plus que cela, cette date constitue une rupture fondamentale dans la façon dont les nouvelles générations, nées à partir des années 80, apprennent.

  • Un concept controversé

Tout le monde ne s’accorde pas avec cette terminologie d’enfant du numérique en particulier en ce qui a trait à la notion de leur différenciation. Il existe de nombreux arguments raisonnables contre cette différenciation. Les enfants et les jeunes adultes posséderaient une fluidité avec la technologie alors que les personnes plus âgées auraient certaines lenteurs face au numérique.

Ce concept, en vogue après son apparition, a été maintes fois utilisé tout en étant critiqué. Dans une étude intitulée, « Measuring the information society », publiée par l’Union Internationale des Télécommunications en 2013, attribuait la capacité d’un pays à tirer profit de la révolution numérique à la part de digital natives présente dans sa population. Selon l’étude, plus ces natifs du numérique sont nombreux, plus le pays est numériquement compétent.

Des voix se sont toutefois élevées pour remettre en cause le bien-fondé de ce concept parfois trompeur. Des travaux scientifiques soulignent la diversité des pratiques numériques chez les jeunes, et distinguent la capacité à utiliser un outil et celle de le maîtriser.

Dans ‘’Le Guide des Egarés’’, Olivier Le Deuff affirme que l’expression « digital natives » est une hérésie. Pour lui « les naïfs du numérique sont bien plus nombreux que les natifs du numérique ». En effet, la plupart des digital natives n’ont pas vraiment conscience des mécanismes et des enjeux qui sous-tendent le numérique. Ils font le plus souvent du bricolage face au web lorsqu’ils font, par exemple, une recherche d’information. Ils ne comprennent pas les enjeux et n’ont pas un substrat théorique leur permettant de non seulement maîtriser le numérique et plus généralement l’information, mais n’ont pas non plus les connaissances qui leur permettent de réfléchir face aux nouvelles technologies. Les Digital Natives se trouvent être un mythe, le numérique ne serait pas inné et demanderait une formation. Par ailleurs, cette formation devrait leur permettre de maîtriser l’information, de pouvoir se servir correctement des outils numériques mais également d’avoir une connaissance plus large de ces outils (les logiques de Google, la recherche sur le web visible et le web profond…) et d’acquérir un esprit critique et une réflexivité sur leurs propres pratiques. Ainsi, ils réussiraient à acquérir une « culture de l’information », qui serait constituée de quatre strates :

  • La maîtrise pratique de l’information ;
  • La maîtrise intellectuelle de l’information ;
  • La réflexion critique ;
  • L’auto-réflexion critique.

Par ailleurs, Olivier Le Deuff explique que « nous ne vivons pas dans une culture de l’information mais plutôt dans un environnement de données diverses qui ne se transforment pas en connaissances nécessairement et qui sont autant déformantes que formantes ».

Combien même, le concept de Digital Native peut être adapté au contexte occidental. Il va s’en dire que, dans les pays en voie de développement, cette notion de digital native est contestable à plus d’un titre, du fait, que le taux de pénétration des nouvelles technologies et de l’internet dans ces pays, était trop faible durant les années 90.

S’agissant du cas algérien, l’on se trouve aujourd’hui dans une situation où les jeunes enfants deviennent de plus en plus addict à l’internet, sans pour autant dire qu’ils ont la maitrise parfaite de cet outil.

Cela dit, nous ne pouvons affirmer avec exactitude qu’un Digital Native fait partie d’une génération qui découvre et se familiarise spontanément aux nouvelles technologies de l’information.

Aussi, de nos jours, tellement, nous sommes tombés sous l’emprise d’internet et pour calmer, nos bébés qui pleurent au berceau, nous avons trouvés la bonne astuce de mettre entre leurs mains un téléphone mobile, déjà l’on commence à cultiver chez eux l’obsession du mobile.

Nous vivons aujourd’hui dans une société hyperindustrialisée où de nouveaux produits de consommation apparaissent sans cesse sur le marché, dans le seul but de satisfaire les attentes et les besoins de l’individu. Ces objets évolutifs, comme les appareils high tech ; (téléphones cellulaires, ordinateurs, tablette, GPS, …) sont même devenus apparemment indispensable dans la vie quotidienne. Les gens ne peuvent plus s’en passer. Toutefois, la question se pose : Jusqu’où cette utilisation peut-elle devenir un problème ?

Reprenant une citation d’Albert Einstein : « Je crains le jour où la technologie dépassera l’homme. Le monde aura une génération d’idiots. » Il faut dire, que le problème ne réside pas dans les nouvelles technologies, mais dans l’usage effréné de celle-ci.

Pour ne pas perdre nos enfants, il faut leurs inculquer la notion d’équilibre et trouver le bon dosage pour l’usage de chaque technologie, tout en étant persuadé qu’elle est là pour contribuer à l’évolution de l’homme et pas à sa destruction.

 Yacoub Saïd

Sources :

  • Wikipédia
  • Le Figaro – La « digital Mum », nouvel eldorado pour les marques
  • Regards sur le numérique – C’est quoi un « digital native » ?
  • Le Vif
  • Merckle, Pierre et Octobre, Sylvie. « La stratification sociale des pratiques numériques des adolescents », RESET – Recherches en Sciences Sociales sur Internet, vol. 1, 4 novembre 2012

*  Marc Prensky : chercheur américain spécialiste des questions d’éducation à l’heure du numérique

By | 2018-11-15T09:15:57+00:00 novembre 15th, 2018|Categories: MBADMB|0 Comments

About the Author:

Leave A Comment