Mon retour d’expérience sur le sommet Algérie Smart City

//Mon retour d’expérience sur le sommet Algérie Smart City

Mon retour d’expérience sur le sommet Algérie Smart City

L’Algérie a abrité le mois de juin dernier un événement de grande envergure. Il s’agit du sommet Algérie Smart City, lancé à l’initiative de la wilaya d’Alger et du cabinet TMT Finance. L’objectif annoncé « est de rompre l’isolement, rendre la confiance aux habitants et avoir de nouveaux modèles de transfert technologique », selon Monsieur Riad Hartani, spécialiste en intelligence artificielle et consultant du projet.

L’objectif affiché par les pouvoirs publics est l’ambition de développer des villes intelligentes en Algérie. Pendant longtemps, les schémas directeurs d’urbanisme et d’aménagement du territoire prônaient un meilleur cadre de vie pour le citoyen. Avec le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC), l’Algérie désire transformer les villes, en les rendent « Smart », c’est explicitement  inscrit dans le plan stratégique d’Alger 2009/2035 et l’intégration de la notion de ville intelligente dans les projets de réalisation des villes nouvelles et des nouveaux pôles urbains. Après une tentative timide en 2017, qui s’est soldée par la mise en place de laboratoires d’expérimentation, cette année ce sommet se présente stratégique. Il ambitionne d’étudier des solutions technologiques globales en s’inspirant de ce  qui se passe dans les villes smart qui ont adopté les nouvelles technologies, et quel concept pourrait s’adapter à des villes algériennes.

Il est important pour moi de partager cet événement d’une part pour me renseigner sur ce projet utopique qui va transformer ma ville Alger, et d’autre part dans le cadre de ma formation du MBA Marketing Digital (EFAP-INSAG), connaitre les futurs acteurs technologiques de demain porteurs de projets innovants qui vont façonner le paysage digital algérien.

Pour résumer ces journées riches en événements, voici quelques chiffres clés :

  • 40 états : métropoles comme Paris, Séoul, Caracas, Kigali, San Francisco, Vancouver ou encore Londres, étaient représentées par leurs décideurs.
  • 15 institutions spécialisées dans le domaine des nouvelles technologies : telles que la NASA, le forum économique Mondial, la Banque Islamique de Développement, la Banque Mondiale, les Nations Unies, ou encore les institutions universitaires, telles que le MIT ou l’Université de Toronto, ainsi que les acteurs technologiques de la Silicon Valley et d’autres hubs technologiques.
  • Plus de 4000 délégués nationaux et internationaux activant dans les domaines des technologies modernes et des startups, y compris des maires, des ministres, des investisseurs dans les villes intelligentes et des PDG des secteurs des télécommunications, de la technologie, des infrastructures, des finances, de l’énergie et de la sécurité.
  • 50 sessions avec 08 thèmes d’investissement dans les villes intelligentes : infrastructure informatique et télécoms, données et technologies, finances et économie, gouvernance et partenariats, sûreté et sécurité, mobilité, durabilité et société.
  • 60
  • 48 heures de conférences, panels, présentations sous format Keynotes.
  • 2 compétitions dont un « hackathon » (compétition de jeunes porteurs d’idées innovantes).

Mais de que consiste la notion de « Smart-city » au juste ?

L’expression « Smart-city» provient de la traduction française du concept «ville intelligente » trouve son inspiration dans les courants urbanistiques dès les années 1980, dans les mégapoles asiatiques à l’instar de la ville de Séoul (Corée du Sud), ou Singapour (République de Singapour) qui se présentent comme ville  futuriste qui se traduit par la capacité pour les technologies avancées d’être accessibles à tout moment et en tout lieu (OpenDataSoft, 2016). Du côté occidental, Cisco et IBM ont investit dans des projets Smarter Cities ou la possibilité d’utilisation des outils technologiques et solutions dédiées aux développements des villes.  Dès lors, le terme de « Smart City » devient une image de marketing ainsi qu’un marché potentiel pour les firmes privées pour citer que Siemens, Microsoft, GE, Huawei,…

On retient que la ville intelligente est une ville qui s’appuie sur les T.I.C. et les mécanismes de collecte et gestion de données pour garantir un contexte favorable à son développement (économique, social, …) et à son environnement (qualité de vie, santé, sécurité, tourisme, …) et une participation des trois pôles d’acteurs de la ville : public, privé et citoyens. Ces derniers ont été évoqués par de nombreux experts présents au sommet #SmartCitySummitAlgeries:

Pour Michael Mulquin, Président(@smartcitiesassoc) de la Grande Bretagne, pour rendre une ville smart quatre éléments sont indispensables : le leadership, la gouvernance, l’engagement de toute partie prenante, l’utilisation des données et l’infrastructure adéquate. (Découvrez le tweet de Centrale digitale pic.twitter.com//5DxulAvwZY).

Mme Trudy Norris Grey, leader mondial, CityNext, explique que Microsoft propose des solutions de transformation numérique dans le cadre de la transformation des villes, dans le but d’un environnement durable, prospère et économiquement compétitif et habilite les habitants à développer des villes numériques, durables, sécurisées, intelligentes et plus saines.

Mais le fait remarquable de ce sommet est l’intervention du professeur Jonathan Trent, directeur d’OMEGA Global Initiative et chercheur à la NASA, qui a fait voyager son assistance vers la planète Mars. Pour ce chercheur « c’est en regardant vers le futur que l’on peut mieux comprendre le présent ».

Pour ce chercheur, le projet OMEGA, de traitement des eaux usées, dédié aux villes côtières et les fermes intelligentes «up cycle», seraient très intéressants pour l’Algérie. Je vous propose de suivre l’intégralité de la présentation du professeur Jonathan Trent.

https://www.youtube.com/watch?v=t4-NDu0Jgsc&t=1s

Ce sommet est aussi l’occasion de lancer appel à des porteurs de projets digitaux, de startups algériennes.  Un projet a retenu mon attention est le projet de vélos intelligents  de la startup BGE-Tec, qui propose des freebike algériens, et prévoit d’équiper la capitale de 1000 vélos. Le système de paiement sera par smartcard rechargeable ou par payement électronique. Ce projet vert ambitionne de dégorger les villes et diminuer la circulation. Je vous laisse découvrir la vidéo du porteur de projet.

https://www.youtube.com/watch?v=kjK6B6RdKZE&feature=youtu.be

L’Algérie est en marche pour devenir une ville intelligente. Elle a tout intérêt puisque 68%  de la population mondiale vivra en milieu urbain d’ici 2050(United nations www.un.org).

Malgré les projets urbains qui n’ont pas encore vu le jour comme la délocalisation de la capitale vers la ville de Boughzoul (située à 160 km d’Alger), qui est prévue d’être « Smart City » mais aussi la ville de Zeralda avec son cyber parc considéré comme un incubateur de nouvelles technologies, comme déjà évoqué ce sommet nous montre que de nouvelles idées seront appliquées.

Comment cela se traduit sur le terrain ?

La ville d’Alger a engagé des projets de smart-city à travers différents laboratoires mis en place. La stratégie adoptée est de tester des applications de technologies nouvelles dans des territoires pilotes, mesurer les résultats et ensuite les généraliser. L’Algérie veut suivre la tendance, qui est d’aborder le développement des villes intelligentes via des projets à petite échelle (Angelidou, M., 2014)[1]. Ces initiatives à taille humaine agissent comme des projets pilotes plus conviviaux qui encouragent la participation citoyenne et aident les populations à accepter cette nouvelle transition. Néanmoins, ces projets doivent être bien gérés et harmoniser les technologies de chacune des entreprises.

On retrouve dans la capitale quelques quartiers avec des solutions innovantes comme dans des domaines précis comme l’éclairage, le mobilier urbain intelligent tel que les aubettes connectées (abribus), parking etc.…

Dans le domaine des transports la wilaya d’Alger a adopté le projet de système de régulation du trafic routier et des feux tricolores intelligents assuré par une joint-venture algéro-espagnole. Une zone pilote est équipée par ce système qui procèdera en premier lieu, à la collecte de données de fluidité du trafic routier, à travers les caméras de surveillance et des puces magnétiques et par la suite à l’analyse de ces données au niveau d’un centre spécialisé.

Dans le cadre de ces projets urbains de smart city  quel est le rôle des startups?

La wilaya d’Alger veut intégrer les startups algériennes dans son projet. Selon Riad Hartani, la plate-forme Alger Smart-City a hébergé les applications des startups locales opérant dans les domaines des transports, de l’eau, énergie, que ce soit pour le Cloud ou le Big Data.

Par ailleurs,  en début de l’année 2018, la wilaya d’Alger a mis en place un ‘’fablab’’, atelier de fabrication numérique, à la disposition des étudiants porteurs de solutions innovantes.

Pour citer un exemple de partenariat concret c’est celui de la Société des eaux et de l’assainissement d’Alger (Seaal) et la startup Aquasafe vont développer un dispositif permettant le contrôler la qualité des eaux usées déversées par les usines. Les startups présentent au SommetAlgeriesSmartCity porteuses de projets espèrent des partenariats dans ce sens dans différents domaines.

L’Algérie pourra t- elle un jour prétendre à être classée comme une ville smart et d’être sélectionnée dans le classement du célèbre Smart21[2] ?

Cela semble utopique mais réalisable.  Pour ce faire, l’Algérie a besoin de générer  de la data : la « ville intelligente » est une ville pilotée  par les données. En ce sens, « les Big data sont […] l’outil indispensable pour permettre l’émergence de véritables smart cities, structurées par une connaissance de la ville actualisée en temps réel et une forme d’ubiquité permanente » (Douay & Henriot, 2016, p.89)[3].

Dans l’immédiat, pour devenir smart, l’Algérie a besoin :

  • d’une plateforme de gestion de données pour recueillir et de mettre à disposition des informations provenant des objets urbains connectés,
  • le déploiement de réseau Wifi et de fibre optique dans tous les espaces,
  • mais également d’un data center qui permettrait l’hébergement des données, l’IoT (Internet des objets), d’objets connectés, et le traitement des données.

Les experts l’ont évoqué lors #SmartCitySummitAlgiers, le plus important c’est d’abord la maitrise des technologies de smart city, l’analyse de la data de la donnée et de l’intelligence artificielle. Yassine Bouhara, Chairman du Groupe Tell a évoqué le manque cruel en Data Centers, tant pour le stockage que pour le calcul, et qui freine le développement de l’Algérie en matière de numérique.

L’Algérie pourrait rattraper ce retard. La startup gagnante du leapfrog Hack,  Ursinia-tech spécialisée dans l’internet des objets (IoT), le Cloud, le Big data et l’intelligence artificielle, nous donne espoir.

Reste le défi principal est d’allier à la fois les réalisations techniques au capital social pour atteindre une« Smart City ».

 

Sabah GUETNI

 

Sources :

  • Smart Cities Global Technology & Investment Summit 2018 (www.smartcityalgiers. com),
  • Rapport McKinsey sur les solutions de Smart City ; https://www.mckinsey.com/industries/capital-projects-and-infrastructure/our-insights/smart-cities-digital-solutions-for-a-more-livable-future
  • TMT Finance ;tmtfinance.com,
  • Usine Digitale ; usinedigitale.com

[1] Angelidou, M. (2014). Smart city policies : A spatial approach. Cities, 41, 3 – 11.

[2] Palmarès des villes candidates les plus intelligentes du globe-classement de l’agence américaine Intelligent Community Forum (ICF).

 

[3] Douay, N., & Henriot, C. (2016). La Chine à l’heure des villes intelligentes. L’Information géographique, 80(3), 89-102.

 

By | 2018-07-15T11:27:58+00:00 juillet 12th, 2018|Categories: MBADMB|0 Comments

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